Interview du Ministre sur la CRTV : Remise des clés des 60 logements sociaux à la Direction de la Sécurité Présidentielle: la première d'une série appelée à se poursuivre

Quelques jours après avoir le jeudi 16 juin 2016 à Olembé (Yaoundé) présidé la cérémonie de remise des clés de 60 logements sociaux à la Direction de la Sécurité Présidentielle, le Ministre de l’Habitat et du Développement Urbain, s’est prêté aux questions d’Elvis Mbimba et Atta Badine Oumar de la CRTV. Jean Claude Mbwentchou rassure ses compatriotes que non seulement il s’agit de la première d’une série appelée à se poursuivre, mais que tous les Camerounais qui en remplissent les conditions sont concernés par le Programme Gouvernemental de construction de 10 000 logements sociaux. Cette interview a été diffusée le lundi 20 juin 2016 sur les ondes de la CRTV RADIO, dans le cadre de "L’invité du 7h 15’’ du journal de 7 heures.

Elvis Mbimba : M. le Ministre, ce weekend, on a beaucoup lu sur la remise à Olembé par vos soins, des premières clés des 60 logements sociaux à la Direction de la Sécurité Présidentielle (DSP). Sur les réseaux sociaux, il ressort des différentes réactions que ces maisons avaient été réservées aux hauts responsables de la DSP qui ont pourtant les moyens de s’offrir des maisons et les internautes se demandent si toute la publicité ayant entouré l’évènement était pour remettre une fois de plus ces maisons à ceux qui ont la possibilité d’en avoir ?

minhdu-interviewMinistre Mbwentchou : Merci à la CRTV de me donner l’occasion d’expliquer la politique sociale des logements menée par le Chef de l’Etat et de dire que les 60 logements remis au Secrétariat Général de la Présidence de la République, qui les a acquis comme toutes les autres structures, font partie des premiers 1675 logements du Programme Gouvernemental de construction des 10 000 logements et d’aménagement de 50 000 parcelles constructibles. Sur le site de Yaoundé, il y a 500 logements construits par les PME et à Mbanga Bakoko (Douala), 1175 logements. Il faut également signaler que le Premier Ministre, Chef du Gouvernement, a créé une commission d’attribution de ces premiers logements. Dans ces premiers logements construits par les PME camerounaises, il y a 120 logements témoins et 60 logements n’ont pas été réservés mais plutôt acquis par le Secrétariat Général de la Présidence de la République pour ses services, dont la DSP. Il faut également préciser que les critères d’acquisition de ces logements sont sur le site Web de mon département ministériel, auquel tout le monde peut accéder. Nous avons reçu près de 3000 demandes et parmi elles, à peu près 1700 sont éligibles, presque 300 acquéreurs ont déjà payé comptant et environ 900 sont en attente. Il faut comprendre que c’est très démocratique et ouvert, car tous ceux qui ont payé auront leurs logements. Il faut également signifier que c’est tout Camerounais qui remplit les critères ou termes d’achat (nous reviendrons plus tard sur les termes "social" ou "économique"), tout fonctionnaire ou non fonctionnaire, jeune ou vieux, femme ou homme, qui a accès à ces logements s’il remplit ces critères. Il ne s’agit pas des logements donnés, ce n’est pas parce qu’on parle des logements sociaux qu’il faut penser que les logements sont distribués.

[Version audio]

Pas du tout, il se trouve tout simplement que le Secrétariat Général de la Présidence est descendu sur le site et, en tant que premier à avoir réservé et ayant payé 40% du coût des 60 logements, a jeté son dévolu sur 3 immeubles qui contiennent les 60 logements. Compte tenu du fait qu’il y avait les travaux d’habitabilité, c’est-à-dire l’aménagement des VRD (Voirie et Réseaux Divers) et la construction des fosses septiques, le Secrétariat Général de la Présidence a saisi le Génie Militaire pour les accélérer. Une option dictée par le fait que la MAETUR chargée de ces travaux d’habitabilité en tant que Maître d’ouvrage délégué pour les aménagements, a accusé des retards dus au processus de passation des marchés et le Génie Militaire qui est proactif et dispose de ses méthodes de travail a pu gagner le pari. Il faut également noter qu’il y a eu un autre travail de sécurisation à travers la construction de la clôture. Contrairement à ce que certains disent, ces logements ne sont pas réservés aux officiers supérieurs mais plutôt aux fonctionnaires de la DSP qui partent des caporaux jusqu’au sommet. Il y a donc lieu de repréciser que ce sont des fonctionnaires. L’autre aspect est que l’arrivée de la DSP dans cette zone devrait plutôt sécuriser les futurs habitants, étant donné qu’à terme, le Chef de l’Etat voudrait qu’il soit créé une nouvelle ville à Olembé, qui va abriter près de 10 000 personnes. Il n’y aura pas que la DSP en tant que services spécialisés là-bas. Il y aura aussi la gendarmerie, la police, ainsi que des équipements cultuels, des équipements sportifs comme le futur stade Omnisports. Donc en tant qu’aménageur, nous ne comprenons pas qu’un problème se pose quand on vend parce qu’il s’agit bel et bien d’une vente des logements aux fonctionnaires des services de la Présidence.

Peut-on rassurer les Camerounais sur le fait qu’il y a encore des logements disponibles et qu’il y en aura encore même pour ceux qui n’ont pas encore payé aujourd’hui ? Ceux qui ne sont pas encore alignés sur la liste peuvent-ils encore suivre le processus ?

Mais tout à fait. J’ai dit au départ que sur le plan technique, nous n’avons réceptionné que 120 sur les 500 logements des PME. Il faut également savoir qu’avec la coopération chinoise, nous sommes en train de terminer 680 logements à Olembé et les Chinois sont en train de finaliser les travaux d’aménage et à côté, nous avons également avec la coopération suisse 640 logements en construction. Souvenez-vous que lors de la Conférence internationale sur l’attractivité, nous avons signé une fois de plus, un Memorandum d’Entente avec la même société chinoise pour 3200 logements dont 1200 seront réalisés à Olembé. Donc en réalité, il n’y a pas de pénurie mais plutôt un problème de temps et des instructions fermes ont été données à la MAETUR, pour accélérer les travaux d’habitabilité. Tant que ces travaux ne sont pas encore terminés, il n’est pas possible de donner les clés aux autres acquéreurs. En plus, il y a des problèmes les concessionnaires (ENEO, CAMWATER) qui veulent profiter des travaux de ce programme gouvernemental pour faire engager par l’Etat les travaux d’extension de leurs réseaux. C’est d’ailleurs le même cas avec les travaux du Plan d’urgence Triennal du chef de l’Etat pour la réhabilitation des voiries. Nous veillons à ce que leurs devis n’excèdent pas, car il est hors de question que l’Etat paye les travaux qui doivent être rentables à la société. Voilà quelques problèmes que nous rencontrons et dans les trois prochaines semaines nous comptons organiser des réunions pour avoir la visibilité, et permettre aux Camerounais qui sont soucieux d’entrer dans ces logements d’avoir le droit de le faire car c’est leur droit. D’ailleurs il y a près de 300 qui ont déjà payé comptant et nous sommes en train de tout faire pour qu’ils entrent dans leur droit.

Ne trouvez-vous pas que les modalités d’accès à ces logements que l’on trouve sur le site du Ministère de l’Habitat et du Développement Urbain ont plutôt privilégié le volet achat et négligé celui de la location-vente, surtout qu’il faut en un trait débourser 20 ou 17 millions au moins, ce qui amène certains Camerounais à penser que ces logements sont réservés aux riches?

Non, vous n’y êtes pas ! On n’exige pas le paiement au comptant. Il y a des méthodes d’achat. Vous pouvez passer par une banque, vous pouvez passer par des tontines ou même par le Crédit Foncier du Cameroun qui est la banque pour l’habitat. Mais il faut avoir des revenues ou des garanties. Si vous êtes par exemple un commerçant ou un homme d’affaires et vous voulez acheter, notre garantie est que vous achetiez au comptant ou que vous ayez une banque qui puisse être une garantie. Mais si vous êtes un salarié du privé ou de l’administration et vous remplissez les critères du Crédit Foncier du Cameroun, il n’y a aucun problème. Il y a donc lieu de préciser que ce n’est pas de l’aumône. Ces logements sont garantis par l’Etat, ils sont subventionnés à peu près à 40% par le Chef de l’Etat c’est pourquoi on parle de logements sociaux. Quand vous parlez de 17 à 20 millions. Présenté de cette façon aux auditeurs, cela peut sembler excessif. Mais si on essaye de comprendre de combien de m2 il est question, il s’agit de 112 m2 qui coûtent 17 millions et 130 m2 qui coûtent 24 millions. Vous ne pouvez pas avoir et le beurre et l’argent du beurre. Le Camerounais veut des grandes choses mais ne veut pas mettre des moyens. Je sors des pays comparables. Savez-vous qu’au Maroc (dont je reviens) un T3 c’est-à-dire 2 chambres de 74 m2 coûte 26 millions de francs CFA. Alors qu’au Cameroun, un T4 (3 chambres) construit sur 113m² coûte 17millions. Comparez.

Est-ce que ce programme de logements prévoit des maisons pour des catégories inférieures ?

Cette question me permet de rebondir pour dire que si nous avons programmé les T4, T5 à 17- 24 millions subventionnés par le chef de l’Etat, c’est pour avoir des moyens de faire ce qu’on appelle les "revolving fund" et intervenir dans les T3, les T2 qui vont coûter autour de 10 millions de francs CFA. Ce qu’il faut également ajouter c’est que dans le programme, avec la firme chinoise de Shenyang, nous avons reconsidéré les surfaces pour tenir compte de la norme sur l’habitat social, qui voudrait que trois chambres, un salon, une cuisine et deux toilettes ne soient pas supérieurs à 90 m2. Je suis allé sur le terrain avec certains Camerounais qui disaient que les logements construits par les PME coûtent chers. Je leur ai dit que ce sont les logements de 10 à 12 millions. Ils étaient d’accord pour les prix, mais se plaignaient de la surface qui selon eux était petite. C’est pourquoi je vous ai dit tout à l’heure que le Camerounais aime le beurre et l’argent du beurre.